Echos de la Presse
Dix sept tonnes de viande de cheval
saisit en Belgique

 

* leplus.nouvelobs.com - Brigitte Bardot veut abolir l'hippophagie : pourquoi manger du cheval (re-)devient tabou 14-09-2014 Par Sylvain Leteux Historien
   Brigitte Bardot demande au gouvernement d'abolir l'hippophagie, autrement dit de fermer les abattoirs de chevaux sur le territoire. Pourquoi manger des équidés est tabou en France, alors que cela était toléré il y a plusieurs années ? Décryptage de l'historien Sylvain Leteux, auteur de "L’hippophagie en France : la difficile acceptation d’une viande honteuse".
 
En 1870, l'hippophagie était défendue en raison des restrictions alimentaires et de la famine (Wikimedia Commons)
   Le fait de consommer de la viande de cheval demeure dans le monde actuel un tabou important dans de nombreux pays. Au lieu de diminuer, ce tabou semble gagner du terrain, surtout si l'on prend en compte l'activisme de certains militants anti-hippophagiques (NB : les États-Unis ont interdit l'abattage des chevaux sur leur territoire en 2007).
   Si l'on se place d'un point de vue français, le regain de ce tabou est étrange, car la consommation de la viande de cheval semble avoir été tolérée et acceptée (ou du moins moralement acceptable) en France entre 1900 et 1970.

Pourquoi un tel revirement d'opinion depuis 20-30 ans ? Un petit retour historique peut être utile.
Des prises de position religieuses mal interprétées
   Au Paléolithique, l'Europe entière est hippophage. Sous l'Antiquité, le cheval est peu consommé par les Grecs et les Romains, mais il est apprécié par les Celtes et les Germains.
   Avec la christianisation, tous les tabous alimentaires deviennent obsolètes (les interdits alimentaires juifs sont abandonnés par les chrétiens dès Saint-Paul). Certes, les chrétiens d'Orient (orthodoxes) vont rester assez longtemps attachés à certains interdits alimentaires venant de l'Ancien testament : c'est pour cela que les fameuses lettres pontificales de Grégoire III (732) et de Zacharie (751) condamnant l'hippophagie ont parfois été mal interprétées (notamment par les anthropologues anglo-saxons).
   Ces deux lettres pontificales ne forment pas un "dogme" interdisant l'hippophagie : ce sont simplement des prises de position individuelles qui reflètent la répugnance de deux prélats d'origine grecque face à la coutume observée en Germanie de consommer des chevaux.
 
Chez les catholiques, il n'existe donc pas d'interdit religieux sur la viande de cheval au Moyen Âge.
   Néanmoins, le cheval est consommé de façon très marginale car c'est un animal "noble" associé à la guerre (cheval = chevalier = valeurs nobiliaires) et c'est une force de trait à ménager. La consommation du cheval est "furtive et clandestine" en Europe jusqu'au XIXe siècle.

Une propagande active pour l'hippophagie en France
   Vient ensuite la "parenthèse hippophagique", c'est-à-dire la période 1866-1966 pendant laquelle l'hippophagie est légale et vivace en France.
   Un vétérinaire militaire (Émile Decroix), un médecin (Parent-Duchâtelet) et un zoologiste (Geoffroy Saint-Hilaire) ont mené une propagande active au XIXe siècle pour promouvoir la consommation de la viande de cheval.
   Le but était philanthropique – fournir de la viande bon marché aux classes laborieuses – et moral – lutter contre les mauvais traitements infligés aux chevaux en leur donnant une valeur économique en fin de vie. La SPA soutient d'ailleurs activement la légalisation de l'hippophagie en 1866.
   Notons bien que, rendue légale, l'hippophagie demeure une pratique très minoritaire (environ 2-3% de la consommation totale de viande, avec un pic de consommation vers 1947 et un déclin rapide après 1966).

Le cheval, de la sphère "utilitaire" à la celle des loisirs
   La consommation hippophagique est longtemps restée associée à la géographie ouvrière, c'est-à-dire sur-représentée à Paris et dans le Nord-Pas-de-Calais. La Belgique, très marquée par son histoire ouvrière, est un des bastions de l'hippophagie en Europe. Avec le déclin de la classe ouvrière depuis les années 1970, l'hippophagie régresse en même temps que la "culture ouvrière".
   Comme le dit souvent Jean-Pierre Digard, le cheval est passé depuis 30 ans de la sphère "utilitaire" (animal de trait) à la sphère des loisirs (équitation). Or, quand un animal entre dans la catégorie des "animaux de compagnie", sa consommation devient taboue : c'est ce destin que connait le cheval.
   Les défenseurs de la diversité génétique (notamment des races rustiques de chevaux) ont beau prendre position publiquement pour l'hippophagie, leur message devient inaudible quand une part de plus en plus importante de la population considère le cheval comme un "animal de compagnie".
   Si jamais l'hippophagie est un jour interdite en France, cela pourrait bien apparaître comme une victoire supplémentaire de la vision anglo-saxonne du monde… Mais chaque société est responsable de ses choix collectifs.

* L’AFSCA saisit 17 tonnes de viande de cheval - Le Soir, Belgique - 27/12/2013
   Après une alerte de la France, un stock important saisi en Belgique.
   Il y a désormais deux « affaires » de viande de cheval en Europe.
   L’une porte sur l’ authenticité d’un produit – de la viande de bœuf s’avérant être du cheval roumain. Et dans ce dossier, la responsabilité de la société française Spanghero se précise. L’autre sur son innocuité : on a en effet découvert des traces de phénylbutazone, un anti-inflammatoire interdit, dans des carcasses de cheval anglais exportées vers la France.
   D’un point de vue sanitaire, le procureur de la République de Marseille Brice Robin a affirmé lors d’une conférence de presse n’avoir « absolument pas la preuve à travers des analyses toxicologiques que ces animaux étaient nuisibles à la santé humaine. Ce n’est pas parce qu’ils sont impropres à la consommation qu’ils sont nuisibles pour la santé de l’homme ».

De la viande de cheval dans une entreprise belge
   L’enquête de l’AFSCA (Agence alimentaire) dans le dossier français de fraude à l’identification de chevaux a permis de saisir de la viande de cheval dans une entreprise belge suite aux informations fournies par les autorités françaises dans le cadre des fraudes à l’identification mises en évidence en France. L’enquête met clairement en évidence la falsification de passeports. Mais, détaille Jean-Paul Denuit, porte-parole de l’AFSCA, « il n’y a pas de risque sanitaire. Il s’agit davantage d’une fraude administrative. »
   Les équidés provenaient de particuliers, de centres équestres et de laboratoires pharmaceutiques où ils étaient utilisés pour la production de sérum équins purifiés et ont été revendus pour la consommation.

17,5 tonnes de viande de cheval livrées à une entreprise belge
   La France a informé la Belgique, le 23 décembre dernier, que 17,5 tonnes de viandes avaient été livrées à une entreprise belge. L’AFSCA s’est rendue immédiatement sur place et a saisi une partie des viandes surgelées. Cette viande a été intégrée dans un lot plus grand de 82 tonnes de viandes de cheval qui a pu être retracé. 16,8 tonnes de viandes ont été placées sous saisies dans les stocks de l’entreprise, le reste ayant été distribué dans toute l’Europe. L’AFSCA a informé les autorités compétentes des pays concernés. Entre février et mars 2013, 1,6 tonne de ce lot avait été vendue en Belgique comme viande fraîche.

jeudi 18 septembre 2014